> Médias et Affaire DSK: Quelle limite entre vie privée et vie publique? À méditer

    Publié le 15-11-2011 à 14h11

    Par Luciana Ferreira

    Médias et Affaire DSK: Quelle limite entre vie privée et vie publique? À méditer
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    Rubrique : Actu télé
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    Quelle frontière entre liberté d'expression et respect de l'intimité d'autrui? Où finit l'information d'intérêt public et commence l'invasion de la vie personnel?

    Cette semaine, après des mois bombardés par les médias avec de multiples affaires DSK, la nouveauté c'est que le couple a décidé de se rebeller. Apparemment, les fuites d'information dans l'affaire du Carlton de Lille, la divulgation de supposés SMS de Dominique Strauss-Kahn, les rumeurs de séparation, auquel on rajoute l'addiction sexuelle dont DSK serait atteint, ont été le coup de grâce qui les a motivé a réagir. Selon les avocats du couple, ils souffrent d'« un véritable lynchage médiatique ».

    Dans un communiqué, leurs avocats, Maîtres Henri Leclard et Frédérique Baulieu, ont annoncé qu’« Anne Sinclair et Dominique Strauss-Kahn (leur) ont donné les instructions les plus fermes de saisir la justice de ces débordements et les faire cesser ou condamner ». « D’ores et déjà, nous examinons les suites à donner à certains articles relevant du voyeurisme le plus détestable et n’apportant aucune information légitime au public tout en caractérisant des dérapages inquiétants quant au respect des principes élémentaires des droits de la personne ».

    Outre, Maître Richard Malka, avocat spécialiste du droit de la presse, vient rejoindre le duo d'avocats du couple. Pour lui « ces rumeurs anonymes sur son prétendu état de santé mentale et son prétendu divorce prochain tiennent du voyeurisme trash, humiliant et malsain ». « Il y a une réelle inquiétude face à ces dérapages ». Il fait donc « un appel à la raison et à la responsabilité ».

    La loi prévoit une protection de la vie privée. Article 9 du Code Civil statue que « chacun a droit au respect de sa vie privée ». Le même Code prévoit aussi que « les abus de la liberté d'expression qui portent atteinte à la vie privée peuvent être réparés sur le fondement » de l'article sous-mentionné.

    Par ailleurs, la liberté d'expression, est elle aussi protégée par la loi. L'article 11 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen (DDHC) prévoit que: « la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme, donc tout citoyen peut parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre à l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi ». Et nous voilà sur le point clé de la question: où finit la liberté de s'exprimer et commence l'abus? Comment trancher la fine barrière qui sépare l'information d'intérêt public du voyeurisme qui entoure la vie des « people »?

    Quand ces deux intérêts sont confrontés (vie privé et information d'intérêt public), c'est normalement à la loi de trancher. La Jurisprudence laisse au juge la responsabilité de « rechercher leur équilibre et, le cas échéant, de privilégier la solution la plus protectrice de l'intérêt le plus légitime ». Ainsi, « il appartient au juge de concilier la liberté de l'information avec le droit de chacun au respect de sa vie privée ».

    Mais en pratique, cette marge est très difficile à ne pas dépasser. Et cela, parce qu'il y a une vraie demande du public; les « people » font partie de leur quotidien, de leur fantaisie. Et les stars, de leur côté, tant qu'on les fait « briller », sont bien d'accord pour se laisser photographier partout, de se laisser filmer au sein de leur famille, ils invitent même les journalistes à les suivre pendant leurs vacances, ou leurs rendez-vous professionnels. Mais lorsqu'on tombe dans le malheur, les gens veulent aussi être au courant. Parce « qu'il ne faut pas se leurrer », les scandales, les « chutes » des riches, ainsi que l'infortune des  « stars », ça se vend! Et ça se vend parce que, surtout dans une période de crise comme celle que nous nous retrouvons, le public se sent seul dans son malheur. Pourtant, si même les « gens de la télé » peuvent souffrir et avoir des problèmes, leurs propres soucis deviennent subitement plus supportable. C'est méchant, mais c'est humain. Personne ne veut être malheureux tout seul...

    Dans leur communiqué, les avocats de Domminique Strauss-Kahn et Anne Sinclair soulignent que «les nécessités judiciaires non plus que celles de l'information n'autorisent personne à ne pas respecter le secret de l'instruction, la présomption d'innocence et les divers aspects de la vie privée, en fantasmant en particulier sur les prétendues intentions ou les états d'âme allégués d'Anne Sinclair ou de Dominique Strauss-kahn sous couvert d'hypothétiques déclarations de tiers courageusement dissimulés derrière un anonymat revendiqué ».

    Pour sa part, l'avocat de la présumée victime de l'affaire du Sofitel de New-York « se lèche les doigts ». Il a déclaré dans une interview à Europe 1 que « plus rien ne me surprend vraiment quand j'achète le journal et que je lis quelque chose sur Monsieur Strauss-Kahn ». Lui, il semble bien avoir l'intention de profiter de cette profusion d'affaires qui entourent DSK pour prouver « ses mauvais rapports » avec les femmes. Il souligne que « cette affaire du Carlton ne fait que renforcer ce que nous savions déjà devoir être la vérité. A savoir que Dominique Strauss-Kahn considère véritablement les femmes comme des objets et qu'il a de nombreuses explications à fournir ».

    Or, personnellement, la vie privée de DSK ne m'intéresse absolument pas. Pourtant, je suis obligée de reconnaitre que « les affaires DSK » attirent l'attention; déjà par leur invraisemblance, mais aussi et surtout parce qu'elles portent atteinte à des principes structuraux de notre société moderne (tel la crédibilité des hommes politiques, la liberté sexuelle et personnelle des femmes, la présomption d'innocence, les fuites dans le système judiciaire, etc). Un homme respecté, digne, titulaire d'un poste à responsabilité mondiale, marié avec une journaliste belle, intelligente, renommée, admirée en tant que femme libre et sûre de soi. Ensemble, ils représentaient la famille recomposée qui avait réussit à surmonter toutes les épreuves. Le summum du pouvoir allié au bonheur. Du jour au lendemain, tout s'écroule.

    Les gens ne comprennent pas. Est-il coupable ou innocent? Est-t-il vraiment un pervers « collectionneur » de femmes ou un homme piégé? Et sa femme, comment vivre avec toutes ces humiliations? De femme libre qui a réussit dans la vie, elle est passée à la pauvre « victime » d'un mari volage. Prisonnière d'un amour maudit qui l'empêcherait de se libérer... Évidemment que sa vie privée ne concerne personne, mais il y a des milliers de femmes en France qui essayent de se mettre à sa place, qui essayent de comprendre ce qu'elle vie, ses souffrances, son malaise. Sans le vouloir, elle est devenue le symbole des femmes « victimes » de leurs compagnons. Et c'est comme si toutes ces femmes attendaient un signe de rébellion d'Anne Sinclair pour qu'elles aussi puissent se libérer.

    Mais il ne faut pas non plus oublier que DSK, après sa libération, est arrivé en France en tant que Star. Limite un otage du Gouvernement Américain qui venait d'être libéré. À ce moment là, il n'a pas hésité à se promener devant les journalistes, à faire des sorties en amoureux avec sa femme et à savourer sa liberté « publiquement », tel un innocent immaculé. Maintenant que de nouveaux scandales voient le jour, il vaut se faire discret... Je pense que il faut respecter la vie privée d'autrui, c'est indispensable même, dans un État de Droit; mais pour cela, il faut aussi que cette « personne publique » ne joue pas, selon ses convenances, entre sa vie privée et sa vie publique...

    À méditer...

    Vidéo : 
    Le couple DSK-Sinclair contre-attaque
     


    Mots clés : DSK

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    > Les femmes

      De Leila le 15-11-2011 à 15h27
      En tant que femme, j'ai tendance à attendre qu'Anne Sinclair réagisse, qu'elle récupère sa liberté, son estime de soi... Mais je reconnais que sa position ne doit pas être simple. Partir maintenant, c'est assumer que son mari est coupable de tout ce que lui est reproché. Après 20 ans de mariage et même si elle connaissait déjà sa tendance a avoir des "aventures", il doit être très dur d'affronter une humiliation publique comme ça... Mais en ne connaissant pas les méandres de l'histoire, c'est toujours difficile de juger. On peut quand même se douter qu'il faut beaucoup de courage et de certitude de sa culpabilité pour prendre la décision de "défaire" une famille si bien "recomposée".