Au fur et à mesure que les témoins racontent leur version des évènements qui ont conduit à la mort du journaliste Gilles Jacquier, les circonstances du drame restent très obscures et les suspicions d'une éventuelle « manipulation » ne cessent de grandir...
Avec autant de questions sans réponses et de nombreuses zones d'ombre dans l'affaire, la Direction de France 2 a décidé de saisir le Procureur de la République: « Nous portons plainte, car nous disposons d'assez d'éléments pour poser certaines questions aux autorités syriennes », explique Thierry Thuillier, directeur de l'information de France Télévisions, au journal le « Point ». Selon lui, les collègues et la famille de Gilles Jacquier ont besoin de comprendre ce qui c'est passé: « Pourquoi l'escorte militaire censée protéger les journalistes a-t-elle reculé au moment des tirs ? Pourquoi les journalistes ont-ils subi des pressions pour aller à Homs, alors qu'ils devaient couvrir les villes de Damas et de Deraa ? Pourquoi des civils pro-Assad, et non des officiels du régime, ont-ils guidé les équipes des journalistes vers les points d'impact ? », se questionne-t-il...
Par ailleurs, le parquet de Paris a également décidé d'ouvrir une enquête préliminaire pour homicide volontaire, à la suite de la mort du journaliste.
« Le Figaro », qui cite une source proche de l'Elysée, soupçonne une « manipulation » de la part du gouvernement Syrien visant dissuader les journalistes étrangers d'effectuer des reportages en Syrie: «Les responsables syriens étaient seuls à savoir qu'un groupe de journalistes occidentaux visitait Homs ce jour-là, et dans quel quartier il se trouvait».
Selon la « source » du Figaro, «on peut croire à un malheureux accident, mais il tombe plutôt bien pour un régime qui cherche à décourager les journalistes étrangers et à diaboliser la rébellion.»
Le journaliste de 43 ans avait un admirable parcours professionnel et était très respecté dans son milieu. Il a notamment couvert les plus grands conflits internationaux des 10 dernières années, dont l'Irak, l'Afghanistan, le Kosovo, Israël, etc. En 2003, Gilles Jacquier a obtenu, avec Bertrand Coq, le prix Albert-Londres, pour un reportage réalisé pendant la deuxième Intifada.
Il cherchait toujours à connaître les deux côtés des conflits pour pouvoir donner au public une vision de l'ensemble de la situation. Pourtant, le journaliste avait fait part à la Direction de France 2 de son mécontentement avec l'organisation du voyage. Le reportage, autorisé et encadré par le gouvernement syrien, faisait finalement partie d'un objectif de propagande du régime. Ses déplacements étaient extrêmement limités et il a même été empêché de filmer un meeting officiel de Bachar el-Assad. Pourtant, il a été convoqué pour partir à Homs, contre sa volonté.
Selon le directeur d'information de France 2: « Gilles Jacquier et Christophe Kenck avaient refusé de se rendre à Homs. Certes, les autres journalistes avaient accepté, mais à eux, on leur a dit : "Si vous refusez encore, vous repartez dans l’instant." » Le journaliste aurait alors confié à sa direction se sentir l'« otage d'une opération de propagande ».
Les journalistes sont alors conduits à Hadara, un quartier pro Bachar el-Assad protégé par l'armée syrienne. Le cameraman de Gilles Jacquier, Christophe Kenck, explique ce qui c'est passé, sur le site de France TV Info: « On nous a baladés dans la ville... On est tombés sur une micro-manif sur une avenue, on est sortis, on a commencé à faire des plans. Et là, un premier mortier est tombé à 500 mètres de la manifestation. Ça a été la panique à bord. Après, il y a eu un deuxième coup de mortier qui est tombé sur une école, mais qui était vide. Et il y a eu un troisième coup de mortier. J'ai senti le souffle, parce que c'était à 10 mètres de moi. J'ai été légèrement blessé, mais tout va bien. Et puis le quatrième coup de mortier est tombé sur un immeuble où Gilles Jacquier s'était réfugié. (...) On a sorti Gilles dans un taxi pour l'emmener à l'hôpital. Mais quand j'ai vu Gilles sortir, avec sa femme en pleurs, j'ai compris qu'il était mort sur le coup. »
Vidéo: Gilles Jacquier tué à Homs
Un autre « détail » qui « coince » dans la version du gouvernement syrien, qui accuse un groupe terroriste d'avoir perpétré l'offensive, c'est le fait que les journalistes ont été bombardés par des tirs de mortier. Or, les rebelles utilisent souvent des lance-roquettes, qui sont légers et bien plus mobiles. Les obus de mortier sont des armes de guerre, utilisées souvent par l'armée syrienne. D'autant plus que c'est très improbable que les rebelles réussissent à envoyer 4 obus de suite, exactement à l'endroit où se retrouvaient les journalistes, sans connaître leur localisation.
Selon Loïc de La Mornais, journaliste chez France 2: « Il existe des scénarios logiques pour expliquer la mort de Gilles Jacquier: soit des éléments de l'Armée syrienne libre ont aperçu un convoi officiel entouré de militaires, et ont attaqué, en ignorant la présence de journalistes occidentaux. Soit il s'agit d'un coup monté par les services syriens, qui ont fait venir des journalistes pour organiser un attentat visant à faire peur. Le régime syrien en est largement capable. »
Thierry Thuillier, précise encore que les témoignages recueillis depuis la mort de Gilles Jacquier n'expliquent toujours pas les évènements. Pire que ça, les soupçons d'un piège ne font qu'augmenter avec le temps: « Ces témoins nous expliquent notamment le rôle de leur escorte militaire (…) Quelques secondes après le premier impact, effectivement, l'escorte militaire s'est retirée, a reculé, laissant nos journalistes, et les journalistes d'ailleurs francophones, au milieu des civils sans protection ».
Crime d'état?
Ce samedi, un journaliste suisse, Sid Ahmed Hammouche, qui faisait partie du même groupe de Gilles Jacquier, a déclaré à l'AFP : « Je dirais même qu'il s'agit d'un crime d'Etat. Avec du recul, on se pose beaucoup de questions »...
Selon lui, « dès l'arrivée à l'hôtel, j'ai senti une bizarre atmosphère chez les militaires qui nous attendaient … Nous sommes partis vers Homs avec les militaires devant. Les journalistes étaient au milieu et derrière, à nouveau, l'escorte. A un grand rond-point, les militaires se sont arrêtés. Il y avait des gens qui ont invité les journalistes à sortir des voitures. Ils disaient subir le terrorisme et les obus ou tirs de roquette ».
Le journaliste affirme encore qu'à l'hôpital la télé syrienne voulait filmer le corps de Gilles Jacquier. Ils les a empêché de le faire.Selon lui, « ils étaient là pour instrumentaliser la mort de Gilles »...
L'Elysée demande qu'une enquête soit ouverte pour que « lumière soit faite » sur tous ces évènements ...
Vidéo: Enquête ouverte pour homicide volontaire dans la mort du reporter Gilles Jacquier
Mots clés : Gilles Jacquier, Décès
Au fur et à mesure que les témoins racontent leur version des évènements qui ont conduit à la mort du journaliste Gilles Jacquier, les circonstances du drame restent très obscures et les suspicions d'une éventuelle « manipulation » ne cessent de grandir...
Avec autant de questions sans réponses et de nombreuses zones d'ombre dans l'affaire, la Direction de France 2 a décidé de saisir le Procureur de la République: « Nous portons plainte, car nous disposons d'assez d'éléments pour poser certaines questions aux autorités syriennes », explique Thierry Thuillier, directeur de l'information de France Télévisions, au journal le « Point ». Selon lui, les collègues et la famille de Gilles Jacquier ont besoin de comprendre ce qui c'est passé: « Pourquoi l'escorte militaire censée protéger les journalistes a-t-elle reculé au moment des tirs ? Pourquoi les journalistes ont-ils subi des pressions pour aller à Homs, alors qu'ils devaient couvrir les villes de Damas et de Deraa ? Pourquoi des civils pro-Assad, et non des officiels du régime, ont-ils guidé les équipes des journalistes vers les points d'impact ? », se questionne-t-il...
Par ailleurs, le parquet de Paris a également décidé d'ouvrir une enquête préliminaire pour homicide volontaire, à la suite de la mort du journaliste.
« Le Figaro », qui cite une source proche de l'Elysée, soupçonne une « manipulation » de la part du gouvernement Syrien visant dissuader les journalistes étrangers d'effectuer des reportages en Syrie: «Les responsables syriens étaient seuls à savoir qu'un groupe de journalistes occidentaux visitait Homs ce jour-là, et dans quel quartier il se trouvait».
Selon la « source » du Figaro, «on peut croire à un malheureux accident, mais il tombe plutôt bien pour un régime qui cherche à décourager les journalistes étrangers et à diaboliser la rébellion.»
Le journaliste de 43 ans avait un admirable parcours professionnel et était très respecté dans son milieu. Il a notamment couvert les plus grands conflits internationaux des 10 dernières années, dont l'Irak, l'Afghanistan, le Kosovo, Israël, etc. En 2003, Gilles Jacquier a obtenu, avec Bertrand Coq, le prix Albert-Londres, pour un reportage réalisé pendant la deuxième Intifada.
Il cherchait toujours à connaître les deux côtés des conflits pour pouvoir donner au public une vision de l'ensemble de la situation. Pourtant, le journaliste avait fait part à la Direction de France 2 de son mécontentement avec l'organisation du voyage. Le reportage, autorisé et encadré par le gouvernement syrien, faisait finalement partie d'un objectif de propagande du régime. Ses déplacements étaient extrêmement limités et il a même été empêché de filmer un meeting officiel de Bachar el-Assad. Pourtant, il a été convoqué pour partir à Homs, contre sa volonté.
Selon le directeur d'information de France 2: « Gilles Jacquier et Christophe Kenck avaient refusé de se rendre à Homs. Certes, les autres journalistes avaient accepté, mais à eux, on leur a dit : "Si vous refusez encore, vous repartez dans l’instant." » Le journaliste aurait alors confié à sa direction se sentir l'« otage d'une opération de propagande ».
Les journalistes sont alors conduits à Hadara, un quartier pro Bachar el-Assad protégé par l'armée syrienne. Le cameraman de Gilles Jacquier, Christophe Kenck, explique ce qui c'est passé, sur le site de France TV Info: « On nous a baladés dans la ville... On est tombés sur une micro-manif sur une avenue, on est sortis, on a commencé à faire des plans. Et là, un premier mortier est tombé à 500 mètres de la manifestation. Ça a été la panique à bord. Après, il y a eu un deuxième coup de mortier qui est tombé sur une école, mais qui était vide. Et il y a eu un troisième coup de mortier. J'ai senti le souffle, parce que c'était à 10 mètres de moi. J'ai été légèrement blessé, mais tout va bien. Et puis le quatrième coup de mortier est tombé sur un immeuble où Gilles Jacquier s'était réfugié. (...) On a sorti Gilles dans un taxi pour l'emmener à l'hôpital. Mais quand j'ai vu Gilles sortir, avec sa femme en pleurs, j'ai compris qu'il était mort sur le coup. »
Vidéo: Gilles Jacquier tué à Homs
Un autre « détail » qui « coince » dans la version du gouvernement syrien, qui accuse un groupe terroriste d'avoir perpétré l'offensive, c'est le fait que les journalistes ont été bombardés par des tirs de mortier. Or, les rebelles utilisent souvent des lance-roquettes, qui sont légers et bien plus mobiles. Les obus de mortier sont des armes de guerre, utilisées souvent par l'armée syrienne. D'autant plus que c'est très improbable que les rebelles réussissent à envoyer 4 obus de suite, exactement à l'endroit où se retrouvaient les journalistes, sans connaître leur localisation.
Selon Loïc de La Mornais, journaliste chez France 2: « Il existe des scénarios logiques pour expliquer la mort de Gilles Jacquier: soit des éléments de l'Armée syrienne libre ont aperçu un convoi officiel entouré de militaires, et ont attaqué, en ignorant la présence de journalistes occidentaux. Soit il s'agit d'un coup monté par les services syriens, qui ont fait venir des journalistes pour organiser un attentat visant à faire peur. Le régime syrien en est largement capable. »
Thierry Thuillier, précise encore que les témoignages recueillis depuis la mort de Gilles Jacquier n'expliquent toujours pas les évènements. Pire que ça, les soupçons d'un piège ne font qu'augmenter avec le temps: « Ces témoins nous expliquent notamment le rôle de leur escorte militaire (…) Quelques secondes après le premier impact, effectivement, l'escorte militaire s'est retirée, a reculé, laissant nos journalistes, et les journalistes d'ailleurs francophones, au milieu des civils sans protection ».
Crime d'état?
Ce samedi, un journaliste suisse, Sid Ahmed Hammouche, qui faisait partie du même groupe de Gilles Jacquier, a déclaré à l'AFP : « Je dirais même qu'il s'agit d'un crime d'Etat. Avec du recul, on se pose beaucoup de questions »...
Selon lui, « dès l'arrivée à l'hôtel, j'ai senti une bizarre atmosphère chez les militaires qui nous attendaient … Nous sommes partis vers Homs avec les militaires devant. Les journalistes étaient au milieu et derrière, à nouveau, l'escorte. A un grand rond-point, les militaires se sont arrêtés. Il y avait des gens qui ont invité les journalistes à sortir des voitures. Ils disaient subir le terrorisme et les obus ou tirs de roquette ».
Le journaliste affirme encore qu'à l'hôpital la télé syrienne voulait filmer le corps de Gilles Jacquier. Ils les a empêché de le faire.Selon lui, « ils étaient là pour instrumentaliser la mort de Gilles »...
L'Elysée demande qu'une enquête soit ouverte pour que « lumière soit faite » sur tous ces évènements ...
Vidéo: Enquête ouverte pour homicide volontaire dans la mort du reporter Gilles Jacquier
Mots clés : Gilles Jacquier, Décès
Par
Luciana Ferreira
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