> E-G8 – Débat sur la « moralisation » d'internet

    Publié le 30-05-2011

    E-G8 – Débat sur la « moralisation » d'internet En image
    Rubrique : Évènements
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    Cette année, aux portes de la « vraie » réunion du G8 (qui a eu lieu les 26 et 27 mai), Nicolas Sarkozy a décidé d'innover. Il a organisé le e-G8. Le forum e-G8 est le premier du genre. Le Président de la République, à l'origine du projet, espère qu'il se tiendra maintenant "chaque année avant le G8".

    La FAQ du site de l'évènement explique que « Le Président de la République française a voulu que le e-G8 Forum soit une initiative organisée et financée par le secteur privé, et placée sous la présidence de Maurice Lévy, Président du directoire de Publicis Groupe ».

    Selon la communication officielle du Forum, « les discussions, débats, échanges et idées produits pendant les deux jours de l'e-G8 Forum seront rapportés le lendemain à la table des huit chefs d'Etat et de gouvernement ».

    Et pour donner de l'ampleur à l'évènement, les organisateurs ont invités les plus grands « stars » du net, notamment: les patrons de Facebook, eBay, Google et Groupon, Jimmy Wales (fondateur de Wikipedia), Mitchell Baker (Mozilla Foundation), Lawrence Lessig (Creative Commons), des net-entrepreneurs français (Marc Simoncini, Xavier Niel, J.A. Granjeon) ou encore des ministres (E. Besson, C. Lagarde et F. Mitterrand).

    Par contre, une forte absence se fait sentir: ils sont où les représentants des citoyens? Les voix des utilisateurs, des acteurs majeurs de ce vaste et démocratique monde de l'internet qui se veut libre et à la porté de tous?



    Le web est devenu la voix du peuple, la possibilité des citoyens d'exercer sa liberté d'expression. D'ailleurs, les récents évènements au Maghreb sont là pour nous le rappeler. Et c'est cela qui fait la magie de cet outil qui ne connais pas de frontières, ni des barrières linguistiques ou culturelles.

    Nicolas Sarkozy a indiqué que la révolution tunisienne avait « changé les choses » et que le mouvement initié sur internet pour la révolution du jasmin avait modifié la politique française et motivé l'intervention en Côte d'Ivoire et en Libye. « En Afrique comme ailleurs, les vieux réflexes, c'est fini. Personne ne peut contrôler Internet, ceux qui voudront empêcher les aspirations démocratiques seront balayés », a-t-il poursuivi, reconnaissant qu'Internet avait amené plus de transparence dans la gestion des Etats.

    Pourtant, malgré les souhaits d'un « internet responsable » (que je trouve fondamental comme principe), ne serait-il dangereux de vouloir « contrôler » internet? Puisque sa force provient de sa liberté et du pouvoir exercé par l'action collective citoyenne, ne serions-nous en train de marcher vers l'instrumentalisation du web par les gouvernements pour s'en servir en tant que nouvel outil politique?

    Pendant le Forum, l'organisation à fait un appel à davantage de régulation dans le secteur, notamment en passant par des règles communes pour une meilleure protection de l'enfance, un renforcement de la lutte contre le piratage, mais aussi le soutien à l'innovation et à l'entrepreneuriat ainsi qu'a la promotion d'un Internet libre. Mais cette « nécessité » de régulation à fait l'objet de profondes divergences au sein des débats. Eric Schmidt (Google) a déclaré s'opposer à une position ferme sur le droit d'auteur: « La technologie avance plus vite que les gouvernements, la plupart des lois dans ce domaine sont donc rendues inefficaces ». Nicolas Sarkozy a aussi admit que « parfois, mieux vaut ne pas légiférer du tout que de faire des mauvaises lois ».

    Ce Forum a aussi déçu les représentants de la société civile. Les utilisateurs sont les principaux acteurs de ce nouveau monde qui est le web. Et pourtant, ce e-G8 ne leur a pas suffisamment rendu honneur. L'évènement est devenu une espèce de rencontre élitiste, où les grandes entreprises décident comment réussir à avoir encore plus de bénéfices à travers l'exploitation d'internet. Les débats se sont donc déroulés plutôt autour de l'économie que de la promotion de la liberté d'expression ou la diffusion de l'éducation et de la Culture.

    Jean-François Julliard, secrétaire général de Reporters sans Frontières, a affirmé qu'il a « été extrêmement déçu par ce qui s'est dit lors de cet e-G8. Personne, par exemple, n'a eu un mot pour soutenir les 126 blogueurs emprisonnés à travers le monde, simplement pour avoir utilisé internet. Avant de penser à réguler les contenus, il faudrait garantir l'accès à internet à tous. Un utilisateur sur trois dans le monde n'a pas accès à un internet libre. »

    La CNIL s'est également plaint de ne pas été associée aux débats. « Des questions essentielles touchant aux libertés fondamentales, aux enjeux du traçage des personnes, au droit à l'oubli, ne seront pas évoquées ». La Commission s'est interrogée sur l'absence de tout régulateur des données personnelles, des associations de défense des libertés et des représentants des consommateurs. La présence des grands noms de l'Internet, parmi lesquels Google et Facebook, souvent critiqués par leurs pratiques en matière de gestion des données personnelles, aurait pu être l'occasion de débattre de ces enjeux.

    La conclusion est que les vraies négociations internationales ne se tiendront pas devant les caméras, ce qui en quelque sorte était déjà prévu après les affirmations de l'hebdomadaire Marianne le 21 mai 2011. Apparemment, l'e-G8 aurait été l'objet de dures négociations entre Nocilas Sarkozy et Barack Obama. Pour les Américains, après les révoltes en Tunisie et en Egypte et les désaccords dans plusieurs sujets sensibles, il n'était pas question de créer de nouvelles tensions entre les huit puissances mondiales. Donc, le Président Américain aurait accepté le déroulement de l'e-G8 mais sous la condition qu'il « s'agisse d'un débat sur les principes et non sur les questions techniques, et qu'il ne soit pas lieu d'une négociation ».

    Même si tout ne fait pas consensus entre les acteurs du web, les débats ont notamment relevé qu'internet constituait un « accélérateur de croissance pour l'économie » et que le rôle des gouvernements doit être « d'apporter aux citoyens l'accès à internet et d'en réguler le contenu ».

    Dans ses voeux, Nicolas Sarkozy a appelé à un renforcement de la coopération internationale. Le thème n'est pas sur l'agenda du Forum G8 mais le Président a indiqué qu'il militerait auprès des autres chefs d'Etat pour qu'Internet soit au coeur des futures discussions et que cet événement ait lieu tous les ans. « Il faut essayer d'harmoniser nos positions, dans une dimension internationale. Une discussion nationale n'a pas de sens dans une Internet qui n'a pas de frontière. Je vais porter ces thèmes au G8, mais j'espère aller plus loin et les porter au G20, puis aux Nations Unies. » Des déclarations avec un ton de séduction envers les électeurs, après que ses lois Hadopi et Hadopi 2 ( loi n°2009-669 du 12 juin 2009 favorisant la diffusion et la protection de la création sur internet »1, est une loi française qui vise à mettre un terme aux partage de fichiers en pair à pair lorsque ces partages se font en infraction avec les droits d'auteur. Cette loi fait suite à la directive européenne 2001/29/CE transposée en droit français par la loi DADVSI qui cherche spécifiquement à protéger les droits d'auteur sur Internet. Elle a été complétée par une nouvelle loi, dite « Hadopi 2 » qui a été adoptée par le Sénat le 21 septembre 20092.ont été vivement critiquées au sein de la société française.) ont été vivement critiquées au sein de la société française.

    Face aux déclarations du Président Français, la Commissaire Europpéenne en charge des nouvelles technologies, Neelie Kroes, est moins optimiste: « En tant que néerlandaise, je suis naturellement pragmatique. C'est pourquoi j'ai rappelé à tous que j'espère que ces concertations aboutissent sur des propositions concrètes. Encore une fois, j'en appelle aux professionnels à venir débattre avec nous. »

    À la fin des débats, Maurice Levy a déclaré: « Nous n'allons pas à Deauville avec un carnet de doléances, mais avec l'idée de faire partager une certaine vision et d'avoir un échange en direct ». Il était en Normandie, accompagné de Marc Zuckerberg, Hiroshi Mikitani (Rakuten), Stéphane Richard (Orange-France Télécom), Eric Schmidt (Google) et du milliardaire russe Yuri Milner.

    En espérant que l'année prochaine les utilisateurs aient son mot à dire et que les vraies problématiques d'internet soient inscrites dans l'Ordre du Jour...


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